La psychologie explique pourquoi certaines personnes se méfient de ceux qui font la charité même lorsque le geste profite aux autres

La psychologie explique pourquoi certaines personnes se méfient de ceux qui font la charité même lorsque le geste profite aux autres

Faire le bien ne provoque pas toujours la réaction attendue. Même si des attitudes de soutien telles que Bruna Marquezine et Shawn Mendès – qui distribuaient de la nourriture à Rio de Janeiro à des personnes socialement vulnérables – sont généralement associés à la générosité et à l’empathie, des études de psychologie sociale indiquent que certaines manifestations d’altruisme peuvent également susciter la méfiance.

La suspicion apparaît principalement lorsque les gens croient que derrière une bonne action se cache un intérêt personnel ou une tentative de reconnaissance. Le sujet a été abordé par Infobae, dans un rapport publié en avril de cette année, basé sur des recherches et des informations publiées par la revue scientifique New Scientist.

Selon l’enquête, la réaction négative n’est pas nécessairement liée au fait de s’aider soi-même, mais à la perception de la raison qui a poussé quelqu’un à le pratiquer.

Quand une bonne action commence à éveiller les soupçons

Dans l’évaluation sociale, l’intention peut être aussi importante que le résultat d’une attitude de soutien. Une personne qui aide une autre sans paraître chercher aucun avantage a tendance à être perçue différemment de quelqu’un qui accomplit la même action et, en même temps, semble intéressée à améliorer sa propre image.

Ce mécanisme est décrit dans le rapport comme « effet altruisme entaché ». L’idée est qu’une action considérée comme positive peut perdre une partie de sa valeur aux yeux des autres lorsqu’on a l’impression que celui qui l’a accomplie entend obtenir une récompense sociale.

Cela ne veut pas dire que l’existence d’un bénéfice personnel rend automatiquement fausse une attitude de soutien. Ce qui semble peser sur le jugement, c’est la perception selon laquelle quelqu’un tenterait d’acquérir du prestige ou de la reconnaissance par une action altruiste sans assumer un coût équivalent.

Que se passe-t-il quand quelqu’un est trop généreux ?

L’une des situations présentées concerne ce que l’on appelle « jeu de biens publics »une expérience dans laquelle les participants reçoivent de l’argent et peuvent décider combien ils souhaitent investir dans un fonds collectif. Ensuite, le montant récolté est multiplié et réparti de manière égale entre les membres.

En théorie, plus la contribution est importante, plus le bénéfice pour le groupe est important. Pour autant, les participants qui donnent le plus ne sont pas toujours les plus admirés. Selon le rapport, ils peuvent être la cible de critiques et même susciter du ressentiment.

Le psychologue Nicolas Raihanide l’University College London, relie ce comportement à ce que l’on appelle la « dynamique du statut ». Au sein d’un groupe, quelqu’un qui fait preuve d’un niveau de générosité beaucoup plus élevé que les autres peut finir par faire en sorte que les autres se sentent mal en comparaison.

Dans certaines expériences, les participants dépensaient même une partie de leur propre argent pour punir les personnes jugées trop généreuses, voire les exclure du groupe.

L’intention derrière la solidarité pèse aussi

Les recherches citées par New Scientist et présentées par Infobae ont également analysé des situations dans lesquelles une personne accomplit une action altruiste pour une raison qui n’est pas exactement altruiste.

Un exemple implique Andyfaites du bénévolat dans un centre d’aide aux sans-abri. Malgré son aide sur place, sa véritable motivation serait de plaire au réalisateur.

Selon les résultats présentés dans le rapport, les participants ont jugé ce comportement de manière plus négative qu’une stratégie similaire utilisée par quelqu’un pour atteindre un objectif qui n’impliquait pas d’altruisme, comme obtenir un emploi dans un café.

Le jugement a cependant changé lorsqu’Andy a révélé sa véritable motivation directement à la personne qu’il avait l’intention d’impressionner. Dans ce cas, l’avantage social obtenu par l’attitude a cessé d’exister, réduisant ainsi le rejet.

Un don pour aider ou pour améliorer l’image ?

Un autre exemple présenté dans la recherche concerne un homme d’affaires qui a l’intention 100 000 $ US pour le nettoyage des plagesmais sa principale motivation réside dans les intérêts commerciaux.

La perception de l’attitude changeait selon la manière dont elle était présentée. Lorsque le don a été utilisé publiquement comme stratégie de promotion, les évaluations négatives ont augmenté. Lorsqu’elle restait privée, la désapprobation diminuait.

À Sébastien Hafenbrädlde l’Université de Navarre, cité par New Scientist, le problème n’est pas simplement que quelqu’un tire un certain bénéfice d’une attitude altruiste. La réaction négative serait davantage liée à l’impression que la personne recherche une récompense sociale sans avoir assumé un coût jugé proportionné. C’est ce manque d’équilibre apparent qui peut rendre une bonne action moins authentique aux yeux des autres.

Se sentir bien est également considéré comme un avantage

La psychologie présentée dans le rapport fait également une distinction entre les différents types de récompenses qu’une personne peut obtenir en aidant quelqu’un. Lorsque le bénéfice est interne – comme la satisfaction de savoir que l’on a fait quelque chose de positif – l’évaluation a tendance à être plus favorable. Lorsque la motivation principale semble être l’obtention d’une reconnaissance, d’un prestige ou d’une meilleure réputation auprès des autres, le jugement devient plus sévère.

Néanmoins, ceux qui démontrent qu’ils agissent sans aucune motivation cachée sont évalués plus positivement que les deux groupes. Cela montre que Ce n’est pas nécessairement le bénéfice personnel qui rend discutable une attitude solidaire.mais la manière dont ce bénéfice apparaît dans la relation avec les autres.

Jusqu’où existe-t-il un altruisme totalement désintéressé ?

La discussion soulève également une question plus large : est-il possible de faire le bien sans absolument rien recevoir en retour ? Le rapport utilise même la culture pop pour illustrer ce dilemme. Dans un épisode de Friends, Joey Tribbiani accepte de présenter un téléthon car il aurait l’occasion d’apparaître à la télévision. Phoebe Buffay se demande alors si une attitude qui apporte également un avantage personnel peut être considérée comme véritablement altruiste.

L’exemple permet d’expliquer pourquoi l’idée d’« altruisme pur » est si difficile à définir. Même lorsqu’une personne profite à une autre, elle peut éprouver une satisfaction personnelle, une reconnaissance ou un autre type de retour.

Selon les informations recueillies par Infobae auprès du New Scientist, reconnaître cette complexité ne signifie pas dévaloriser la solidarité. Au contraire : accepter qu’une bonne action peut également apporter certains bénéfices à ceux qui la font peut contribuer à des attitudes plus généreuses.

Après tout, même s’il y a une motivation personnelle derrière un geste, le bénéfice causé à l’autre continue d’exister.


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